
Hughes revient au cyclisme... pour quelques jours
Il y avait une revenante au départ du Tour du Grand-Montréal, hier soir, à Châteauguay: Clara Hughes, de retour au cyclisme le temps d’une course pour donner un coup de pouce aux jeunes pousses de l‘équipe Specialized Carrefour Multisport.
Le choix du mot «revenante» n’est pas innocent pour décrire Hughes, qu’une chute malencontreuse a reléguée au 93e rang de la première des cinq étapes du Tour. Il y a un mois, la quintuple médaillée olympique – trois en patinage de vitesse, deux en cyclisme – a failli laisser sa peau au volant de sa voiture, sur la Rive-Sud de Montréal.
Un conducteur ivre qui n’a pas respecté un stop est venu à un cheveu d’emboutir la voiture de Hughes, côté conducteur, dans les environs du Quartier Dix/30. L’athlète de 35 ans l’a aperçu du coin de l’oeil au dernier instant et a enfoncé la pédale de frein. C’est finalement elle qui a heurté l’autre auto, qui a fait un tonneau.
«J’ai vraiment failli mourir, dit Hughes, dont la voiture de location a été démolie par l’impact. Le gars a rampé pour s’extirper de son auto et il s’est mis à aller et venir en fumant et en mâchant de la gomme. C’est là que je me suis rendu compte qu’il était saoul. J’ai été très chanceuse.» Plus que le chauffard, embarqué par les policiers accourus sur les lieux.
Au moment de l’accident, Hughes rentrait d’un voyage qui l’avait notamment conduite à Jérusalem et à Ramallah, en Cisjordanie – deux endroits passablement plus dangereux que la paisible banlieue montréalaise. «C’est l’ironie de cette histoire: avant mon départ, mes amis et mes entraîneurs me demandaient tous si ce n‘était pas dangereux d’aller à Ramallah et je passe proche de mourir en revenant de l’aéroport!»
Être un mentor
En 2003, Hughes avait tiré un trait sur sa carrière de cycliste pour se consacrer au patinage de vitesse. Mais elle n’a jamais cessé de rouler. L‘été dernier, lors d’un voyage de 10 jours dans la Sierre Nevada californienne, elle s’est tapé des ascensions totalisant deux fois la hauteur de l’Everest!
Elle n’a donc pas eu besoin de se faire tirer l’oreille trop longtemps quand elle a été contactée cet hiver par l‘équipe Specialized, pour laquelle court entre autres la championne canadienne junior de 2004, Audrey Lemieux. «Ils veulent rebâtir le cyclisme au Québec. Les bonnes jeunes athlètes doivent croire qu’il est possible de faire carrière en vélo. Je peux partager mon expérience et c’est pour ça que j’ai accepté de faire une course», explique Hughes, qui joue déjà, officieusement, le rôle de mentor auprès de plusieurs jeunes athlètes.
Le Tour du Grand-Montréal aidera la médaillée d’or du 5000 m des JO de Turin à se préparer pour sa prochaine saison sur la glace. «Ça donne une bonne motivation pour s’entraîner, à une période de l’année où c’est parfois difficile», dit Hughes, qui rêve d’un autre podium lors des Jeux de Vancouver, en 2010.
Sa chute d’hier l’a laissée à cinq minutes et trois secondes de la gagnante. Les égratignures subies sur tout le côté gauche ne devraient pas l’empêcher de prendre le départ de la deuxième étape, selon l‘équipe médicale du Tour. Mais on comprend mieux la réponse modeste de Hughes quand on lui a demandé, il y a quelques jours, ses objectifs pour cette semaine. «Je veux juste terminer la course», avait-elle dit.









